Histoire

Contexte historique

Au cours de son évolution, le pays jeune qu’est le Canada s’est unifié autour d’un projet grandiose : un chemin de fer reliant l’est et l’ouest. Dans les années 1880, l’exploration géologique et l’essor de l’industrie touristique ont mené à la découverte des premiers fossiles. Ces trouvailles initiales contribueront largement à la découverte des schistes de Burgess par Charles Walcott en 1909.

L’importance du Chemin de fer Canadien Pacifique (CFCP)

La « politique nationale » du premier ministre John A. Macdonald prévoyait la construction d’un chemin de fer reliant les quatre provinces de l’est du Canada (la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick, le Québec et l’Ontario) à l’océan Pacifique. Le chemin de fer était un levier de négociation pour convaincre les Territoires du Nord-Ouest et la Colombie-Britannique de rallier la nouvelle Confédération (ce qu’ils ont fait respectivement en 1870 et en 1871). Une fois terminé, en 1885, non seulement le chemin de fer a-t-il uni un pays jeune, mais il a également ouvert de vastes territoires à l’exploration et à l’exploitation.

Photographie en noir et blanc d’un enfant assis sur le chasse-pierres d’un train

Enfant assis sur le chasse-pierres d’une locomotive de 95 tonnes servant à remorquer les trains par le col Upper Kicking Horse, à Field, en Colombie-Britannique.

© Musée Whyte des Rocheuses canadiennes

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Le rôle de la Commission géologique du Canada (CGC)

La Commission géologique du Canada (CGC) a été créée en 1842 par l’Assemblée législative de la province du Canada (couvrant approximativement le sud de l’Ontario et du Québec d’aujourd’hui), devenant ainsi son premier organisme scientifique. La Commission a joué un rôle décisif dans l’évaluation des vastes ressources géologiques du Canada et a unifié le pays en démontrant que son économie pouvait être alimentée par une industrie minière dynamique.

Pendant les 60 premières années de son histoire, la Commission a participé activement à l’exploration et à la cartographie des vastes étendues du pays, y compris ce qu’ont apporté les Territoires du Nord-Ouest et la Colombie-Britannique lorsqu’ils se sont joints à la Confédération.

Au départ, la Commission contribuait au développement de l’industrie minière canadienne en localisant les gisements de minéraux, mais son rôle comprenait aussi la collecte de spécimens (roches, minéraux, plantes, animaux, artéfacts et fossiles) de partout au pays. En 1856, une partie de ces collections est devenue la pièce maîtresse du Musée canadien de la nature. Mais la Commission conserve encore aujourd’hui d’importantes collections de minéraux, de roches et de fossiles.

Le projet de chemin de fer a servi d’argument majeur pour que le gouvernement étende l’exploration géologique à l’ouest du Canada. Plusieurs géologues de la Commission ont ainsi pu rapporter des fossiles, dont certains provenaient du mont Stephen, cette montagne qui jouera un rôle clé dans la découverte des schistes de Burgess. Les futures générations de géologues de la Commission suivront les traces de ces pionniers, recueillant des fossiles provenant des schistes de Burgess tout au long du XXe siècle.

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Une décision tardive et la découverte des premiers fossiles

Les équipes de topographes de la Commission géologique du Canada (CGC) et du Chemin de fer Canadien Pacifique (CFCP ) collaboraient dans le but de repérer différentes routes envisageables pour le chemin de fer de même que des ressources minérales qui pourraient se révéler utiles au projet, comme des gisements de houille ou de fer.

Contrairement à son plan initial, proposé par Sandford Fleming en 1871, le Canadien Pacifique a choisi de réaliser la dernière et la plus difficile des sections du chemin de fer en passant par le col Kicking Horse plutôt que par une voie située au nord, plus aisée, mais beaucoup plus longue. Cette décision a nécessité davantage d'études géologiques autour du col.


Schéma indiquant l'élévation de différentes montagnes et le tracé final du Chemin de fer Canadien Pacifique à travers les Rocheuses canadiennes.

© Université de la Colombie Britannique, collection spéciale et livres rares

À la même époque, un groupe d'ingénieurs et d'ouvriers de la construction du Canadien Pacifique s'est installé dans les alentours du village de Field, au pied du mont Stephen, pour construire le somptueux hôtel Mount Stephen House. C'est à ce moment que d'importants fossiles ont été découverts sur le mont Stephen. Ces fossiles sont maintenant considérés comme provenant de la même formation que ceux des schistes de Burgess et devaient tôt ou tard attirer l'attention de Charles Walcott. Nombre de ces fossiles ont été découverts par des géologues du Canadien Pacifique travaillant dans la région.

Carte postale colorisée montrant un luxueux hôtel devant une grosse montagne

Carte postale colorisée montrant l'hôtel Mount Stephen House et le mont Stephen. Vers 1909.

© Archives du Musée royal de l’Ontario

Si la voie ferrée n'avait pas été construite, ou si elle avait emprunté un chemin différent jusqu'au Pacifique, qui sait combien de temps ces fossiles seraient demeurés dans l'ombre ? La découverte des schistes de Burgess par Charles Walcott en 1909 est étroitement liée à ces premières découvertes sur le mont Stephen.

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Une industrie touristique florissante

Pendant qu'on achevait la construction de la voie ferrée, le Chemin de fer Canadien Pacifique (CFCP) a lancé un programme ambitieux dans le but d'attirer les touristes dans la région. La compagnie a construit une série de gîtes et d'hôtels inspirés de ceux que l'on trouvait dans les Alpes, faisant même venir des guides de montagnes suisses expérimentés pour aider les touristes à se déplacer dans les Rocheuses.

Photographie en noir et blanc de deux guides suisses

Guides suisses à la maison Glacier (Colombie-Britannique), 1899.

© Musée Whyte des Rocheuses canadiennes

La beauté du paysage montagneux et ses merveilles naturelles étaient au cœur d'une industrie touristique florissante.

Photographie en noir et blanc de deux guides suisses

Livret publicitaire produit par le Canadien Pacifique pour faire la promotion du tourisme dans les Rocheuses canadiennes, 1910.

© ARCHIVES DU CHEMIN DE FER CANADIEN PACIFIQUE

En 1910, dans un livret publicitaire intitulé The Challenge of the Mountains (Le défi des montagnes), le Canadien Pacifique faisait déjà du lieu des fossiles de trilobites, clairement indiqué, une destination touristique dans la région du mont Stephen :

« Le bas de la montagne comporte un lieu tout à fait digne d'une visite, le gisement de fossiles. Sur une distance de 150 verges dans le flanc de la montagne, et sur une hauteur de 300 à 400 pieds, un certain nombre de plaques calcaires schisteuses se sont brisées et ont glissé en exposant d'innombrables fossiles. »

Photographie en noir et blanc d'un homme regardant des roches

Homme cherchant probablement des fossiles, Field (Colombie-Britannique), 1900.

© Musée Whyte des Rocheuses canadiennes

L'une des premières touristes à visiter la région a été Mary Vaux, de Philadelphie, qui s'est plus tard mariée avec Walcott. Vaux était une artiste et une naturaliste de premier plan qui a pris de nombreuses photographies dans les Rocheuses canadiennes.

Vous pouvez en apprendre davantage sur son expérience dans les Rocheuses en consultant son journal photographique.

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Les schistes de Burgess sous la protection de Parcs Canada

Nous avons une autre bonne raison d'être reconnaissants envers la locomotive à vapeur. De nos jours, les schistes de Burgess (y compris les gisements ou couches de trilobites du mont Stephen) sont situés à l'intérieur du parc national Yoho, sous la protection de Parcs Canada, hors de l'atteinte des visiteurs de passage et des chasseurs de fossiles. Ainsi, les fossiles sont réservés à la recherche scientifique tout en demeurant accessibles au public par le biais d'excursions guidées (la région a été inscrite à la Liste du patrimoine mondial de l'UNESCO en 1980).

Sans le chemin de fer, il n'y aurait peut-être jamais eu de parc national dans cette région. L'intérêt du Canadien Pacifique pour le tourisme et l'énorme potentiel économique de la région le motivait fortement à conserver le paysage en parfait état. Comme le disait William Van Horne, directeur général du Canadien Pacifique : "Since we can't export the scenery, we'll have to import the tourists."

Carte postale en noir et blanc montrant des personnes à cheval devant un chalet en bois rond

Carte postale montrant le chalet du lac Emerald envoyée par le professeur J.P » Coleman, l'un des plus grands glaciologues du monde; il deviendra le premier directeur du Musée royal de l'Ontario –
géologie en 1913

© Archives du Musée royal de l’Ontario

Le Canadien Pacifique, reconnaissant l'importance économique du commerce touristique, a incité le gouvernement fédéral à créer des réserves ou des parcs nationaux sur de vastes portions des Rocheuses. Cela incluait la réserve du mont Stephen, créée en 1886, qui est devenue le parc national Yoho en 1901.

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